journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JUILLET 2017
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
La gadgétisation du monde : profit pour quelques-uns, asservissement pour tous les autres.
par Stéphane

Le numéro 603 de « La Tribune de Lyon » titrait sa une par un très modeste : « les innovations lyonnaises qui vont changer le monde ». Diantre ! Le développement de l’habitat coopératif ou la reprise en main par les ouvriers de leurs outils de production allaient enfin être mis à l’honneur, car de nombreux Lyonnais ont compris qu’il fallait impérativement concrètement explorer de nouveaux possibles...

Ma naïveté coupable fut bien rapidement rabrouée par ce sac à pub local. D’innovations, il n’en fut évidemment point si l’on se retire les œillères imposées par la bien-pensance ordolibérale. Déjà les exemples donnés sur la première page auraient dû calmer mes ardeurs, mes espérances : lunette caméra, T-Shirt auto-chauffant, oreiller connecté… voilà ce qui allait changer le monde. Au moins, le coussin péteur avait l’avantage de faire rigoler les (grands) enfants.
Poussant mon incrédulité jusqu’au bout, j’ai feuilleté les pages intérieures espérant que le ramage ne se rapporterait pas au plumage. Ce fut pire. En plus d’un mug connecté pour bien s’hydrater (le vautour qui se dit inventeur nous explique même que c’est bien adapté pour les vieux), il y a même un mini-potager intelligent « nourri » par des leds qui l’allument 16h par jour. Faut compter quand même au moins 150€ pour s’ébaubir devant des mini-aromates.
Le reste est du même tonneau (connecté). Voilà donc ce qui va changer le monde.
Ceci resterait simplement ridicule, si ce genre d’inepties restait confiné à des startupers opportunistes et des banquiers voyant un profit rapide grâce à de la publicité savamment imposée comme reportage dans la presse locale.
Le problème est que le premier startuper de France pense exactement comme ces vautours 3.0 (je passe à 3.0, car 2.0 ça commençait à faire has been).


Je passerai sur l’incongruité écologique de ces gadgets parfaitement inutiles pour insister sur la dimension industrielle que prend parfois ce genre de bêtises, souvent financées par de l’argent public pour remplir les poches de requins de la finance et freiner toute possibilité d’investir dans des techniques vraiment utiles aux peuples.

Car soyons bien clairs, ces quelques lignes ne sont évidemment pas une attaque, trop récurrente ces derniers temps, contre la technologie et la science, mais bien contre un technocapitalisme qui utilise des innovations non pas pour épanouir et émanciper les peuples mais pour les asservir et assouvir sa soif infinie de profit.
Dans son livre « Vers une technologie libératrice », Bookchin écrivait ceci : « Je ne prétends nullement que la technologie soit nécessairement libératrice ni constamment profitable au développement de l’Homme ; pas plus que je ne crois que les machines et la mentalité technologique nous condamnent à être leur esclaves […] Le danger est réel que nous abandonnions toute appréciation sobre de la technologie, que nous tournions le dos à ses aspects libérateurs et, pire encore, que nous nous soumettions de façon fataliste à son utilisation à des fins de destruction. Si nous ne voulons pas être frappés de paralysie par cette nouvelle forme de fatalisme social, il nous faut définir un équilibre ».
Ni Hulot ni notre chef d’entreprise jupitérien n’ont lu Bookchin, car l’écologie politique ne peut pas être compatible avec la classe possédante qui les a mis au pouvoir.


En France, le scandale du financement public des voitures électriques de Bolloré et de leurs bornes en est sans doute l’un des pires exemples. Le télécologiste devenu ministre nous annonce d’ailleurs la fin du thermique et le tout électrique pour 2040. Ben voyons.
Certes, la voiture électrique ne pollue pas quand elle circule, mais elle pollue avant et après, et, surtout, elle délocalise la pollution autour des mines d'uranium et de lithium, des centrales nucléaires, des sites de stockage de déchets radioactifs. Eh oui, globalement les voitures électriques polluent au moins autant que les thermiques et sont issues d’une production extractiviste totalement mortifère.

Mais nous pourrons toutefois faire de magnifiques cocoricos écolos : avec un tel cadeau fait aux riches, notre homme-sandwich devenu ministre passera à la télé, nous annonçant avec emphase une baisse des émissions de CO² en dans le coeur des métropoles capitalistes avec l’augmentation des voitures électriques couplée avec l’interdiction faite aux voitures polluantes de circuler dans les centre-ville bourgeois.
Hulot oubliera juste de dire que les émissions de CO² produites pour construire ces voitures et leurs bornes seront mises au débit des pays producteurs. Le pauvres ici et là-bas seront, une fois de plus, les victimes du capitalisme vert. Injustice sociale et spatiale, ineptie écologique, mais logique ultralibérale parfaite avec les délocalisations à marche forcée de nos outils de production. Merci qui ?

 

Soutenir cette « motorisation propre » est donc totalement contradictoire avec nos idéaux. Nous rajouterons qu’investir dans 7 millions de bornes à 15 000 euros pièce, et tout cela pour un objectif totalement improbable de 2 millions de voitures (pour 40 millions de véhicules du parc national) et une injustice sociale flagrante car ce n’est évidemment pas pour les classes populaires qui ne pourront se les payer (c’est le plus souvent une voiture supplémentaire pour ceux qui peuvent se le permettre).
Dépenser des milliards d’argent public pour faire pousser des bornes à recharger des véhicules électriques pour bourgeois, ce ne peut être une politique publique d’investissement pour les communistes !


Petite question innocente : comment multiplier cette consommation électrique tout en décidant de fermer 17 réacteurs nucléaires en même temps ? En important des panneaux solaires fabriqués en Chine ? Vous avez dit sobriété énergétique ? Quand la seule ligne politique est celle des capitalistes et que vous ajoutez le mot solidaire dans l'intitulé de votre ministère, les contradictions tournent rapidement au pathétique.


La seule évidence est que Bolloré se gave et en plus la force publique lui décerne le label « écoresponsable ». Les constructeurs automobiles vont évidemment suivre cette route jonchée de profits. Et pour le coup, nous ne parlons plus de "l’innovation" d’un adulescent tout formaté sorti d’une école de commerce, mais bien une stratégie industrielle absolument catastrophique.


Alors oui, Picabia a raison : « C’est une lâcheté que d’applaudir à toutes les idioties que l’on nous montre sous prétexte de modernité ». Nos députés et sénateurs qui œuvrent pour la justice sociale et écologique ne doivent pas se laisser amadouer par cette fausse modernité, faux-nez d’un capitalisme toujours plus destructeur pour les peuples. Non, ni Elon Musk ni Bertrand Piccard ne changeront le monde, ils vont le détruire un peu plus encore pour que les seuls riches puissent continuer à profiter de leur train de vie. Non, ni la voiture électrique ni « solar impulse » ne sont des progrès, seule la marche, le vélo et les transports collectifs terrestres le sont.

Dans « les révolutions de 1848 et le prolétariat », Marx écrivait que : «...Les sources de richesse nouvellement découvertes se changent, par un étrange sortilège, en sources de détresse. Il semble que les triomphes de la technique s’achètent au prix de la déchéance morale ».

Ne tentons plus de rester avec ceux qui veulent aménager ou moraliser le capitalisme. Il faut les combattre, il en va de notre survie.



0 commentaire



Ajouter un commentaire
Votre commentaire sera validé apres vérification.

Les champs en gras seront visibles sur mon site
Prénom ou Pseudo (*) 
Email (*) 
Message  (*) 
Adresse IP : 107.22.118.242
 
(*) champs obligatoires