journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
JUIN 2017
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
Sortie des Etats-Unis d’Amérique des Accords de Paris sur le climat : la société du spectacle mondialisée
par Stéphane

Hollywoodien ! La COP21, à défaut d’avoir un quelconque intérêt pour sauver notre planète, a l’immense avantage de créer un vaudeville médiatique et politique mondial qui serait hilarant s’il n’était aussi mortifère pour les peuples qui continueront à subir la domination de cette oligarchie criminelle.

La sortie des Etats-Unis des Accords de Paris, c’est comme si l’Arabie Saoudite annonçait qu’elle sortait de la commission de la condition de la femme à l’ONU : Leur présence était caricaturale, mais la COP21, comme cette commission, n’ayant aucun caractère contraignant pour les pays membres, leur absence ne changera rien tant pour le climat que pour les femmes.

La COP21 fut sans doute la communication politique mondiale des potentats capitalistes la plus aboutie de ce début de siècle. Financée par les pires pollueurs, cet enjeu majeur est devenu un barnum médiatique où nos oligarchies ont gonflé leur torse empli d’égos, avec des annonces toutes plus historiques les unes que les autres. Quand la bourgeoisie politique infatuée rencontre la World Company assoiffée d’argent, le bien commun, les peuples et l’avenir des générations futures sont des virgules d’ajustement du profit et du pouvoir.

Le petit numéro de duettistes entre le patron d’Exxon Mobil et Trump, le premier enjoignant le second de mettre en œuvre ces accords, fut l’un des acmés de cette pantalonnade médiatique qui dure depuis quelques semaines. Exxon va continuer à faire du lobby en restant dedans, et Trump va lui ouvrir grand les vannes de toutes les exploitations possibles en sortant. Joli show, parfaitement symptomatique de politiques devenus les supplétifs du capitalisme. Pire, les multinationales ont pris le pouvoir sur le politique, tirant les fils de marionnettes pathétiques. Macron en est la version française. Plus fine, moins nationaliste et dangereuse mais servant le même maître : l’Argent.

Un exemple pour illustrer ce qui n’est pas une contradiction, mais plutôt la démonstration que les accords de Paris sont l’une des plus belles tartuferies du XXIème siècle :
En février 2016, à peine deux mois après le show de la COP 21, l’OMC jugeait que le soutien à l’énergie solaire en Inde était inacceptable car en totale opposition aux règles du commerce international. Est-il besoin d’en rajouter ? L’OMC se fiche comme d’une guigne des objectifs des accords de Paris sur le climat. Le profit est son credo et rien ne l’arrêtera.
Comme le rappelle souvent le "Grain de Sel", 1% de croissance du Saint PIB équivaut à 0,7% d'augmentation des gaz à effet de serre (GES). L'oligarchie capitaliste a bien essayé de nous vendre la théorie du découplage pour continuer à exploiter nos ressources finies et polluer "vert", mais le "pschiiit" fut à la hauteur de l'inanité de cette théorie, pourtant répétée en boucle par tous les medias.
C'est en tournant le dos au PIB et à l'économie de l'accumulation et du déchet que nous pourrons enfin sérieusement imaginer une réduction des GES. Le reste relevant uniquement du grand cirque médiatico-politique au service de la compétitivité des grands groupes industriels et financiers.

Et notre jeune président moderne ? Au diapason de ce cinéma hollywoodien. Il se drape dans le costume clownesque du résistant à l’obscurantisme trumpien tout en étant ouvertement favorable au CETA. Il montre sa colère devant ce repli nationaliste, alors que son programme écologique se cache derrière un greenwashing high-tech pour éviter d’assumer sa position ordolibérale qui, ontologiquement, ne peut amorcer un quelconque changement de paradigme.

Quelle belle scène à la télé mondiale : un drame, un méchant et un gentil qui va gagner à la fin, surtout qu’il est sympa et moderne.
Les contempteurs de cette mascarade, comme le « Grain de Sel», n’étant que des hiboux de mauvais augure pour reprendre l’expression d’un autre jeune cadre dynamique, l'Italien Mattéo Renzi.
Même Schwarzenegger y est allé de son petit couplet et Trump est tellement méchant qu'on a presque failli croire que Robocop était écolo ! Du grand art vous dis-je !
Notre VRP Hulot ne manquera évidemment pas de jouer le seul rôle qu'il connaît : passer à la télé pour asséner les mauvais points à ce criminel de Trump et nous apporter la Bonne Nouvelle avec notre Moderne Président qui, guidant le monde libre, va sauver planète.
Remise des Césars à la prochaine COP.

Pendant ce temps, L'Australie signataire des accords de Paris, qui, elle, n'en est pas, encore, sortie, va donner son accord pour ouvrir un gigantesque complexe d'extraction du charbon à quelques centaines de kilomètres de la grande barrière de corail. Mais que fait donc Macron et son "makeourplanetgreatagain" ? Avec tout cet air brassé, les éoliennes devraient pourtant avoir le vent en poupe !

Que faire ? Dans le « Grain de Sel », on a l’habitude de rappeler l’impérative nécessité de subordonner l’économie à l’écologie ce qui signifie que l’OMC et tous ses accords ou négociations afférents (dont le TAFTA et le CETA) devraient être subordonnés à de contraignants accords décidés lors de ces fameuses COP.
Des COP qui pourront bien être 21, 22 ou 130, elles resteront des villages Potemkine devant lesquels se pavanent les multinationales, pour leur seul profit, et des politiciens de tout poil, pour leur seule mégalomanie.

L’écologie politique doit être liée à une profonde transformation des rapports sociaux car l’origine du désastre écologique est à rechercher dans les rapports de pouvoir et de domination propres au capitalisme. Penser que les gouvernements, qui ont signé les accords  et reproché « vertement » la sortie de Trump, vont remplir les objectifs non contraignants des accords de Paris juste sur la seule bonne volonté de Total, Lafarge… et tous les sponsors de la COP21 et… de la fondation Ushuaïa, relève d’une naïveté navrante qui signe la fin de la politique au profit des financiers et des publicistes qui ont pris le pouvoir.
Nous devons avoir la conscience politique du lien entre la volonté de Macron d'aller encore plus loin dans le détricotage du Code du Travail et, mécaniquement, son incapacité à porter de façon volontariste le contenu même minimaliste des Accords de Paris.

Que faire ? Déjà que l’article 2 de l’accord de Paris, qui fixe un objectif à 2 degrés, voire 1,5 degré, s’impose à l’ensemble des secteurs et des accords commerciaux dont celui de l’aviation civile, grande oubliée de la COP21.
Imaginer qu’Obama serait allé dans ce sens est une plaisanterie. Il a, comme tous les autres, surfé sur ce coup d’éclat médiatique convaincu que ces promesses allaient se fracasser sur le mur de la réalité de l’économie capitaliste dont l’ancien président des Etats-Unis est naturellement un adepte.
Car ne nous y trompons, alors qu'on essaie de nous vendre l'idée que les activités humaines seraient responsables du changement climatique nous faisant entrer dans une nouvelle ère géologique nommée anthropocène, il est indigne de mettre au même niveau de responsabilité le paysan burkinabé et le patron de Total. Encore du cinéma, pour nous cacher le fait que depuis l'invention de la machine à vapeur, ce sont les oligarques qui ont imposé à l'ensemble des peuples ce chemin mortifère qui nous menaçent tous.
Il suffit de voir que ce n'est pas mécaniquement là où la croissance démographique est la plus forte que les émissions de gaz à effet de serre augmentent le plus, mais bien-là où le capitalisme fossible fait le plus de ravage.
Et c'est bien le "capitalocène" qui devrait définir cette nouvelle ère géologique que nous subissons tous, même en le verdissant. Ou, pour les amateurs d'humour noir, le "poubellocène", tant notre planète est devenue l'immense réceptacle de nos déchets qui continueront à augmenter malgré nos efforts individuels et les réponses marketing du greenwashing des capitalistes comme l'économie circulaire.

Macron fera comme Obama avec sa marionnette Hulot comme caution de ce capitalisme vert. Et si nous ne sommes pas en capacité de créer des contre-pouvoirs à l’Assemblée Nationale, je doute que les mouvements de bras d’Hulot sur TF1 produisent assez de vent pour changer le sens d’une histoire de plus en plus noire pour les peuples.


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