journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
MAI 2017
débats d'idée - champs libre
Gérard Collomb ou la féodalité libérale au pouvoir
par Stéphane

Le citoyen lyonnais attentif qui suit le parcours politique de notre baron ne peut sincèrement pas être surpris par son arrimage très précoce au marketing politique d’un chérubin formaté pour définitivement remplacer le projet politique d’une nation par la gestion dépolitisée d’une entreprise. Le même citoyen lyonnais ne sera pas surpris de le voir intégrer un conseil de gouvernance antiparlementaire en lieu et place d’un gouvernement qui co-construit avec les élus du peuple. Collomb utilise ce système localement depuis des décennies et nous ne pouvons que nous inquiéter de sa mise en œuvre à l’échelle nationale.

La fidélité peut parfois payer. Non pas celle de notre baron local vis-à-vis du socialisme, ce dernier ayant été juste un habillage pour récupérer les voix lyonnaises de gauche et asseoir son pouvoir local dans les pas de son père politique…Raymond Barre.
Non, c’est bien de sa fidélité, voire de sa gémellité, à Macron dont il s’agit qui, lui aussi, pourrait tout à fait revendiquer une paternité politique auprès de Raymond Barre.
Collomb est un néolibéral qui a enfin trouvé en Macron un grand fourre-tout apolitisé à travers lequel on peut dire tout et son contraire, tant que ça brille.
Ainsi, pour ceux qui connaissent notre potentat local, ce n’est pas une prise socialiste qu’a réalisé notre marionnette-président, mais finalement la simple mise en scène d’un coming out commun : « nous n’avons jamais été socialistes ».

L’autre point commun : Macron, par sa stratégie attrape-tout reprend ici un fonctionnement qu’affectionne Collomb avec ses courbettes mielleuses aux élus des petites villes de droite en échange de leur voix métropolitaines. La dotation de solidarité communautaire* a, durant de longues années, largement plus subventionné les habitants d’une ville de droite comme Albigny-sur-Saône, que l’on ne peut décemment pas classer comme ville en difficulté, que des territoires beaucoup plus fragiles.

Enfin, je souhaitais m’attarder sur un dernier point commun : leur pseudo-modernité qui, sous les oripeaux de la « smart city » pour l’un ou la « jeunesse branchée » pour l’autre, cache non pas uniquement un ringardisme giscardien mais aussi, et surtout, un conservatisme d’un autre âge du fait d’un logiciel idéologique définitivement coincé au 20ème siècle.

Collomb a réussi le tour de force de faire passer des projets immobiliers pour des projets urbains, affirmant même que les promoteurs participaient au projet de ville.
Non, M. Collomb, à part sur leur papier glacé, Nexity ou Bouygues ne sont pas des partenaires dans la construction de notre urbanité. En refusant d’avoir une politique volontariste de maîtrise foncière, laissant faire le Divin Marché, Collomb a vendu notre ville à la spéculation et transformé Lyon en marchandise tout en étouffant toute orientation politique alternative.


L’éviction sans ménagement d’un humaniste comme Olivier Brachet prouve, s’il en était besoin, ce totalitarisme féodal refusant à quiconque d’ouvrir d’autres champs du possible pour cette ville devenue marque et vendue au plus offrant.

L’éviction sans ménagement des « pendarts » de la Croix-Rousse d’une friche urbaine au prétexte de l’insécurité du lieu pour mieux la vendre quelques mois plus tard à un promoteur immobilier démontre aussi, s’il en était besoin, le caractère antidémocratique du potentat Collomb et son refus de voir la ville différemment que sous l’angle de sa rentabilité et son rayonnement.

Ces deux exemples sont des illustrations qui pourraient être multipliées à l’envi.

Et ce n’est pas la presse locale qui jouera son rôle de contre-pouvoir. En effet, les oppositions constructives sont, pour la presse locale, au mieux des faire-valoir de notre Roi Soleil, au pire les aléas folkloriques d’une ville tellement moderne et innovante et d’un maire tellement en avance sur son temps que chaque décision prise ne peut être que bonne pour ses habitants.

A Lyon, la ville n’est plus le creuset de la démocratie et du vivre-ensemble. A Lyon, le maire n’est plus celui qui est censé faire vivre cette démocratie.
A Lyon, la ville est devenue un produit et son maire un chef d’entreprise qui gère au mieux ce produit pour le vendre aux quatre coins de la planète. Du Macron dans le geste !
Et tout le reste n’est qu’habillage de communicant, tant pour donner quelques miettes à un exécutif sans marge de manœuvre que pour donner l’illusion d’une écoute des habitants abandonnée par le maître des lieux depuis qu’il a quitté le plateau de la Duchère.

Que le lecteur demande simplement au « collectif Part-Dieu » la façon dont leur point de vue est pris en compte dans la mise en œuvre de l’un des projets les plus aberrants du mandat de Collomb et il verra la violence du mépris de notre baron local envers toute parole dissensuelle émanant du petit peuple qui devrait se prosterner devant ce visionnaire.
A la Part-Dieu, dans 30 ans, les élus de l’époque porteront le même regard sur Collomb que celui que nous portons aujourd’hui sur Pradel et son autoroute traversant la ville.

Tours de grande hauteur à la seule gloire des architectes, gentrification du centre-ville, 10 000€ le m² pour un bloc de béton siglé Jean Nouvel, du logement très social quasiment absent dans les opérations immobilières du cœur de Lyon, un Hôtel-Dieu transformé en temple de la consommation bling-bling, une rue de la République qui devrait changer de nom depuis que l’administrateur de nos biens (eh oui M. Collomb vous devriez être avant tout celui qui prend soin de notre bien commun, notre ville) l’a vendue à un fond de pension de Dubaï.

Voilà la vision de la ville pour Collomb et sa petite clique aveuglée et soumise. Le tout mâtiné d’un verbiage technoscientifique et dans la langue de Shakespeare (smart grid, smart city, ville connectée), pour donner à Lyon une modernité illusoire. Illusoire aussi le caractère écologique de ces villes globalisées désincarnées. En effet, ce ne sont pas quelques prothèses technologiques, mais bourrées de matériaux rares, extraits à l’autre bout de la planète et difficilement recyclables, qui feront passer un « business as usual » des grandes multinationales des réseaux pour une transition écologique efficace ou une ville qui maîtrise sa consommation énergétique.
Lyon est aussi antisociale qu’elle est antiécologique, même si les publireportages acquis à la cause du business nous assènent qu’une application de notre smartphone va nous simplifier la ville, à défaut d’espérer qu’un jour Collomb et sa clique voudront la changer pour réellement répondre aux besoins de leurs administrés.


Penser le développement de notre ville en harmonie avec son environnement proche, et non plus dans une compétition mondiale prométhéenne, serait le début d’un changement de paradigme. Ne comptons évidemment pas sur ces deux chantres du « progrès qui innove pour que l’innovation progresse » pour que de telles réflexions effleurent à minima leurs cerveaux enivrés par les classements mondiaux et la course inepte avec Munich ou Barcelone.

Le pire ensuite est que derrière ces décors en carton-pâte se cache une cure d’austérité pour les services publics et en direction des populations les plus fragiles jamais vue dans une Métropole aussi riche. Certes notre potentat local n’est pas responsable de tout, mais mon petit doigt me dit qu’arrivé au cœur du pouvoir national, notre « nouveau » ministre n’infléchira pas une vision ordolibérale qui détruit les peuples et leur environnement depuis des décennies.

Les services publics et la justice sociale et territoriale ne trouveront pas plus de débouchés sur une ville toute acquise aux rapaces et requins de tous pays. Et si le pire n’est jamais certain, après avoir hurlé aux loups contre la baisse des dotations de l’état, Collomb mettra plus sa vigueur à définitivement détruire le peu de pouvoir qui restait aux maires plutôt que de se battre pour redonner un peu d’oxygène à des collectivités locales qui voient les idées du Front National avancer au fur et à mesure que les services publics reculent.

Pour éviter des haut-le-cœur, je m’interdis de creuser plus en détail cette lancinante question : comme se fait-il que notre baron local a mis beaucoup plus d’entrain à refuser de financer l’internat Favre qui accueillait des jeunes en difficultés familiales, sociales ou éducatives, provoquant ainsi sa fermeture, tout en fermant les yeux sur l’implantation et la violence sans cesse plus importants de l’extrême-droite, du racisme et du fascisme au cœur de St Jean ?
Voilà où nous mènent des esprits dépolitisés et une vision entrepreneuriale d’une ville à l’héritage humaniste dilapidé par des adorateurs de l’Argent et d’une globalisation destructrice.

Le pire enfin est que cette soumission au Veau d’Or met nos vies en péril. A force de tenter de nous convaincre que Lyon est un modèle de ville du XXIème siècle, ses apôtres oublient qu’elle tue comme au XIXème siècle. Non plus du fait du charbon, mais des particules fines et autre poussières toxiques qui réduisent notre espérance de vie pour la première fois dans l’histoire contemporaine. Ce scandale sanitaire est totalement nié par nos potentats, renvoyant son règlement à un plan oxygène aussi fumeux que la COP21.




Alors quoi ? Il nous reste 3 ans avant les élections locales. Ces 3 ans seront marqués par un management d’entreprise appliqué à un état sans pouvoir et un peuple qui n’est plus souverain.
Il nous reste 3 ans pour faire adhérer le plus largement possible à l’idée que cette métropolisation capitalistique est une folie qui fait de notre ville une prédatrice qui a besoin de plus en plus d’énergie, de plus en plus de matériaux. De plus en plus vite, de plus en plus loin. Mais pour aller où, si ce n’est à notre perte ?

Alors oui, il y a une impérative nécessité à stopper la captation des richesses par et pour l’hypercentre lyonnais et à les partager avec les territoires périphériques et signer une véritable coopération ville-campagne pour retrouver une solidarité et un équilibre territorial mis en danger par la légende urbaine de la Métropole comme l’alpha et l’oméga de l’attractivité des territoires. Et ne comptons pas évidemment sur le duo Macron-Collomb pour remettre en cause la pertinence du fait métropolitain. Au contraire, comme pour la loi El Khomri, il va falloir accélérer. Toujours plus vite.

Macron et Collomb, avec leurs cerveaux restés bloqués à une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, restent confits dans la certitude de la théorie du ruissellement que même le FMI a officiellement remis en cause.
Et même avec le discours le plus rose bonbon qui soit, même en nous faisant croire que Lyon redistribue sa richesse produite vers ses territoires périphériques, même en ânonnant à longueur de publireportage acquis à cette culture voyeuriste, rien ne pourra transformer deux vieux esprits politiciens en phare de la modernité. Nos enfants paieront le prix fort pour cet aveuglement. Collomb s’en fout, il attire des sièges sociaux qui ne créent évidemment pas d’emplois, mais les déplacent juste.

L’installation du siège de Technip au « Carré de Soie » de Vaulx-en-Velin en est la plus grotesque illustration, ses salariés faisant juste une petite transhumance du sud vers l’est de la Métropole à grand roulement de tambour médiatique et la fierté de créer 20 000 (oui, oui, vingt-mille) emplois sur ce nouveau quartier. Allez demander aux habitants des quartiers populaires de Vaulx-en-Velin comment ils ont profité de la venue de cette manne. Collomb dans toute sa misère communicationnelle.


C’est ainsi au peuple de détourner son regard du chant de ces deux sirènes qui risquent de disloquer le bateau France sur les rocs acérés du Front National.
Macron et Collomb, ce sont les Aglaophème et Thelxiépie** des temps modernes. Notre Ulysse moderne aurait pu les vaincre, mais à force de ramer pour sa propre barque, de nombreux marins ont succombé à leur chant publicitaire.
Alors aujourd’hui, il ne suffira pas au peuple de se couler de la cire dans les oreilles pour échapper à son funeste destin, mais c’est bien par le renforcement des luttes et la mobilisation dans les actions alternatives qu’il faudra espérer atteindre un rivage plus clément pour les plus fragiles d’entre nous.

Seules ces luttes nous permettront d’imaginer une alternative à cette ville capitaliste qui fait de nous de simples producteurs/consommateurs et nous permettront d’envoyer par le fond cet ancien monde qui nous empêche d’en imaginer un nouveau, plus juste et solidaire.

* La dotation de solidarité communautaire a pour objectif le « lissage » des inégalités entre les communes membres et de les aider à faire face à leurs charges et/ou de compenser des pertes de ressources fiscales. Le conseil communautaire (métropolitain pour Lyon) en détermine librement le montant.

** Aglaophème et Thelxiépie : Selon la tradition homérique, ces deux sirènes, par les accents magiques de leurs paroles et leurs flûtes, séduisaient les marins qui perdaient le sens de l’orientation, fracassant leurs embarcations sur les récifs. Ulysse et ses compagnons parvinrent, selon la légende, à leur résister en se mettant de la cire dans les oreilles ou en s’attachant aux mâts des bateaux. En grec, Aglaophème signifie « celle qui a la réputation brillante » et Thelxiépie « celle qui méduse par le chant épique ».


0 commentaire



Ajouter un commentaire
Votre commentaire sera validé apres vérification.

Les champs en gras seront visibles sur mon site
Prénom ou Pseudo (*) 
Email (*) 
Message  (*) 
Adresse IP : 54.198.163.124
 
(*) champs obligatoires