journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
NOVEMBRE 2017
pas de transition écologique
sans sortie du capitalisme
Le capitalisme expliqué par la ciboulette
par Stéphane

Tout communiste arbore fièrement sa filiation marxiste. Que nos connaissances du « Capital » soient pointues ou légères, elles nous lient à une histoire commune et nous permettent d’interroger un futur commun, malgré nos divergences.
Dans notre livre fondamental, le commencement n’est pas le Verbe, mais bien la forme élémentaire du mode de production capitaliste : la marchandise.
Et pour transformer le monde, et pas uniquement l’interpréter, dénoncer l’irrationalité du capitalisme est une responsabilité quotidienne. La ciboulette comme marchandise nous en donne une belle occasion.


C’est donc l’histoire de Monoprix, entreprise capitaliste quasi centenaire, qui se démène, tel un Macron sensible à la situation des quartiers populaires, pour nous faire croire que le développement durable et la responsabilité sociale sont les deux mamelles de son ambition pour mieux consommer, réduire son empreinte écologique et œuvrer au bien-vivre de ses collaborateurs.

Bref, la prose classique de la propagande de la grande distribution.

Et comme pour construire une histoire il faut être deux, il y a un grossiste, lui aussi quasi centenaire, lui aussi veut nous faire mieux consommer et lui aussi a plein de bienveillance envers ses collaborateurs. Lorsque l’on achète de la force de travail, « collaborateur » c’est tout de même plus moderne que « travailleur » dans le marketing capitaliste.

Cette maison, bien sous tous rapports, a de plus la modeste mission de vouloir « perpétuer la tradition du goût », ce qui, lorsque l’on prend 5 minutes pour relire la phrase, ne veut strictement rien dire. Bref, la même publicité que plus haut…

Et de cette union qui nous vend de l’authentique est donc née de la ciboulette vendue au poids de 8g dans des flacons en verre. Détail cocasse, dans ces 8g de ciboulette, on peut retrouver des traces de : gluten, sésame, moutarde, sulfites ou encore du céleri. Prix de cette herbe naturelle mise sous verre dans les Hauts-de-Seine, département bien connu pour sa ruralité et ses champs à perte de vue : 4€80, soit pile-poil 600€ le kilo.

Et forcément pour vendre cet or vert, le flacon en verre nous raconte une belle légende faite de monastères, de propriétés mystérieuses dans un moyen-âge tout aussi mystérieux.

Au printemps dernier une association nationale de défense des consommateurs et des usagers avait mené une enquête alertant juste le client sur les prix démesurés des herbes aromatiques sèches vendues en grande surface. Faut quand même pas remettre en cause le consumérisme et le système capitaliste.

Et comme le grossiste de Colombes et le consommateur de l’hypercentre lyonnais subissent violemment leur déracinement du sel de la vie, chère à la regrettée Françoise Héritier, il est bon de rappeler que la ciboulette pousse partout et facilement, même sur un balcon, et que c’est un excellent moyen de lutter contre les pucerons !


Bref, pour se délecter d’une omelette agrémentée de cette plante aromatique, nous pouvons nous passer de pétrole (transport, mécanique de conditionnement et fabrication du verre) en nous réappropriant notre outil de production : nos deux bras pour couper une plante qui pousse à l’envi.

Et si l’urbanisme ne laisse parfois même pas le loisir d’une ouverture aussi minime soit-elle vers l’extérieur, les producteurs ardéchois vous proposeront, avec leur bonhomie, la production de leur propre force de travail : 50g de ciboulette pour 1€.

Voilà donc l’irrationalité capitaliste. Simple non ? Alors pourquoi ?

Quels sont les mécanismes qui perpétuent notre aveuglement à consommer et donc accompagner une telle ineptie qui broie la terre et le travailleur ?

Car au-delà de ce coût exorbitant, l’industrie agro-alimentaire (le grossiste, aussi « amoureux du goût » qu’il soit, est d’abord et avant tout un industriel de l’agriculture pétrolière) et la Métropole capitaliste ont réussi à nous déconnecter, à nous désolidariser de notre environnement naturel, à enlever de notre conscience le lien vital que nous devons entretenir et préserver avec cette terre qui nous nourrit.

Ils ont réussi à nous imposer, par la publicité et la grande distribution, des marchandises ayant perdu toute valeur au nom de la survaleur.

La ciboulette de ce grossiste est un surproduit.

Combien de temps encore allons-nous accepter notre aliénation ?


1 commentaire

De Monique - Envoyé le 21/11/2017 07:18:10
Nous "accepterons notre alienation" tant que nous ne serons pas informe! Tres peu de gens ne savent pas quoi en faire en cuisine???? C'est tout bete de la couper au ciseaux dans de la creme fraiche pour arroser nos bonnes pommes de terre ou en mettre dans le fromage blanc ou omelette! Merci pour votre partage!


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