journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
NOVEMBRE 2017
débats d'idée - champs libre
Pradel exécuté sur l'autel d'une fausse modernité urbaine
par Stéphane

« Monstruosités urbaines » pour illustrer la Part-Dieu, « Mur de la honte » pour disqualifier Perrache. La « Tribune de Lyon » n’y va pas avec le dos de la truelle pour vouer aux gémonies l’horrible Pradel qui défigura notre ville dans les années 70. Notre hebdomadaire local s’inscrit sans peine dans la pensée dominante sur la ville qui est celle de la classe dominante. Et forcément Collomb ne peut être qu’un précurseur pour un journalisme aveuglé par la bimbeloterie technocapitaliste.

Au détour d’un paragraphe vengeur, on note tout de même que si la Part-Dieu avait sombré dans le néant urbain, c’était, déjà, de la faute de rapaces capitalistes pleurant devant la trop faible rentabilité d’un centre commercial de 50000m² initialement prévu. En multipliant par 2,5 sa surface pour faire plaisir à la phynance, le projet urbain s’effaçait devant le projet immobilier. Toute comparaison avec notre bétonneur des temps modernes serait bien évidemment fortuite.

Dans un petit encart, la rédaction, compassionnelle, avance que tout n’est pas à jeter chez l’horrible Pradel, celui-ci ayant eu le bon goût de développer le réseau d’eau et d’assainissement ou encore de construire des équipements culturels (demandez à ma fille le bonheur d’écouter de la harpe à l’auditorium), sportifs (le Palais des Sports ou la piscine du Rhône), mais aussi des crèches et des écoles. Horreur, des services publics !
Bref, Pradel est coupable de tous les maux, puisque la « Tribune de Lyon » nous l’écrit !

Et puis le Sauveur est arrivé ! L’édito du rédac’chef nous l’annonce avec emphase.


Grâce à Collomb, bye bye béton et voitures ! C’est vrai que le nouveau projet de la Part-Dieu avec 1,5 millions de m² de surfaces tertiaires en torchis et bambous sera le summum de la ville résiliente. C’est vrai que la tour « Two Lyon », haute de 170 mètres avec 80 000m² de surfaces commercialisables sera l’acmé du métabolisme urbain. L’humour face au ridicule reste la seule solution pour éviter les pleurs. Alors que cela fait plus de 10 ans que les urbanistes et architectes hétérodoxes, qui ne misent plus leur renommée sur la hauteur de leur réalisation, nous serinent l’inanité économique, écologique et sociale de construire des tours de grande hauteur, Collomb et sa cour arrivent encore à nous faire passer ces vessies urbaines pour des lanternes qui éclairent le monde.

« La Tribune de Lyon » nous vante le retour de la vision de la ville, le bel équilibre entre l’urbain et l’humain, la solidarité entre les territoires grâce à l’omniscience de Collomb. Toutefois, gardons nous de comparer le discours politique de Pradel et de ses équipes d’urbanistes avec la comm publicitaire de Collomb et ses « starchitectes » ! L’humiliation n’est pas la tasse de thé du « Grain de Sel ».


Car si Pradel a vendu une ville nouvelle à ses habitants, Collomb a vendu un produit à des promoteurs. Et alors qu’il n’y a aucun déterminisme architectural, la cause de notre ville confisquée aux citoyens pour être vendue au plus offrant est bien connue : le capitalisme.
Notre baron n’a jamais eu de vision de la ville, juste un opportunisme dissimulé sous un charabia 2.0 parfaitement en phase avec celui de notre président startuper.
Le Rédac'Chef parle de la fin d'une vision de la ville caricaturale de Pradel avec le Prophète Collomb. Mais ne sommes-nous pas tombés de Charybde en Sylla avec le catéchisme de la ville technocapitaliste anônné par notre baron local ?

En idolâtrant la ville que se dit intelligente (smart city dans la langue des premiers de cordées), Collomb rend Lyon totalement dépendante des réseaux et des mégamachines.
En se pâmant devant les réseaux électriques intelligents (smart grids dans la langue des winners), Collomb fait joujou avec son « igirouette » comme si ce gadget avait quoi que ce soit de pertinent pour l’habitant. Faut que ça brille dans les salons internationaux. Faut être en haut du classement. Pauvre modernité.

Collomb moderne ? Peut-être l’aurait-il été en 1970.


Le Rédac’chef de la « Tribune de Lyon » émet toutefois un léger doute sur Confluence, avec un « je crois » salvateur, pour interroger l’éventuelle réussite de ce quartier bling-bling. Ce « je crois » est un credo, une foi en un avenir décarbonné et un quartier « Confluence » piétonnisé. Amen.
Alors oui, dans 40 ans, un autre rédac’chef risque d’écrire le même titre que celui-ci. Car non les bagnoles n’ont pas disparu et encore moins le béton. Par contre les services publics…

Alors oui, dans 40 ans, on vilipendera notre roitelet qui n’a pas interrogé l’autonomie alimentaire ou énergétique de notre ville. On le vouera aux gémonies pour avoir bradé notre patrimoine pour un plat de lentilles et de ne pas avoir interrogé la pertinence de planifier l’attractivité et la production de richesses de la Métropole en périphérie, loin de son hypercentre pollué et congestionné.

*

Certes, comme pour Pradel, on saluera quelques belles réussites dans un encart minimaliste pour aussitôt repartir à la charge sur le coût énergétique exorbitant de ses monstres de verre et de béton dans une période où l’on aura enfin compris que nous vivons dans un monde aux ressources limitées. Une ville totalement dépendante du pétrole et d’un extractivisme lointain pour la vie quotidienne de ses habitants ne peut être que vouée à être profondément repensée dans les prochaines décennies. Collomb n’a rien vu, aveuglé par le MIPIM de Cannes et le profit de court terme des vautours qui ont privatisé notre ville.

Rendez-vous donc dans 40 ans pour un article sur les monstruosités de notre « altesse sénilissime » dont les projets, eux aussi, étaient vendus comme des exemples de modernité.

« Le Grain de Sel » est prêt à relever le pari.

* le 14 novembre 1958 début des travaux de démolition du passage de l'Hôtel-Dieu (le maire Pradel enlève symboliquement une tuile).
8ph2209 - Archives de Lyon


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