journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
NOVEMBRE 2017
débats d'idée - champs libre
Pauvreté, je te hais !
par Michel S

Que vos comptes soient dans le rouge, ne vous inquiétez pas, chers amis, les banques seront, à l'opposé, dans le vert ! Soyez certains que vos dettes ne seront pas optimisées... De ce point de vue, la pauvreté est vraiment une malédiction. Et la richesse une bénédiction ! Les uns sont dans le rouge toujours plus, les autres dans le vert toujours plus ! Jusqu'au jour où les pauvres verront rouge... à cette époque-là les riches auront la tête dans le trou !

Salauds de pauvres !


Durant l'ère du cinéma des "téléphones blancs", c'est-à-dire sous le fascisme italien, un grand réalisateur trop méconnu, Raffaello Matarazzo (1909-1966), réalisa une comédie d'une merveilleuse finesse satirique, dépourvue de toute méchanceté à l'égard des êtres qu'elle décrivait. Le film s'appelait "Giorno di nozze/Jour de noces" et datait de 1942. Matarazzo traitait de la pauvreté et de la richesse tout à la fois et de la relation qu'entretiennent ceux qui sont pauvres à l'égard de l'argent et de ceux qui sont riches. Les protagonistes de cette histoire agissent comme si leur pauvreté était une calamité qu'il leur faudrait dissimuler coûte que coûte. Ainsi, inscriront-ils leur fille dans un des collèges huppés de la capitale, loin des quartiers populaires romains. Quitte, bien sûr, à sacrifier des besoins élémentaires voire à s'endetter. Évidemment, tout cela les conduit vers un précipice sûr et certain. Jacques Lourcelles, grand admirateur du cinéaste, dit, à juste raison, qu'il s'agit d' "un mélodrame rentré" et que cette œuvre brillante figure dignement aux côtés d'un Eugène Labiche.

*

Or, la pauvreté demeure, hélas, sujet d'actualité. Point besoin d'écouter les médias pour la mesurer. À mesure qu'elle augmente, et de façon effarante, la fortune de quelques-uns - de plus en plus catégories réservées - s'accroît dans une proportion rarement atteinte dans l'histoire de l'humanité. À tel point que les descriptions réalistes d'un Zola dans "L'Argent" ou, à l'inverse, les encouragements laudateurs d'un Guizot ("Enrichissez-vous !) , semblent aujourd'hui timidités d'un autre âge.

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Du reste, "Le Canard enchaîné" de cette semaine - il paraît les mercredis, jour des sorties ciné - fait sa "une" avec d'un côté les "paradise papers" ou "pervers papers", ces paradis fiscaux que Nicolas Sarkozy nous promettait de faire disparaître - encore un mensonge de l'ex-président, on commence à s'y habituer ! - et qui, au contraire, se multiplient. Et s'ils se multiplient c'est que les banques et les États y sont pour quelque chose ! C'est qu'à présent, on glose sur l'évasion fiscale légale et celle qui ne le serait pas ! L'optimisation fiscale, voilà le terme qui court et des cabinets sont mandatés pour servir les détenteurs de capitaux substantiels. On a compris : les riches doivent, à tout prix, s'enrichir sans cesse. Sauvons-les ! Que Diable, on ne va quand même pas être injustes !

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Quand aux pauvres, c'est-à-dire les salariés modestes, les travailleurs en fait, les retraités aux maigres pensions, taxons-les, prenons-leur tout. Ils ont des découverts, ils ne paient plus faute d'oseille, ils ont des dettes, alors ils paieront double ou triple etc. Car, ces pauvres, eux, n'ont guère besoin de cabinets à leur service - ils ne pourraient pas se les payer de toute façon - pour pratiquer l'optimisation fiscale - qu'auraient-ils à optimiser ??? Des dettes ?!

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"Les banques sont ingrates", affirme "le Canard enchaîné". C'est vrai. Et pourtant lorsqu'on le leur dit, elles vous répondent c'est la loi, c'est la règle etc. Et ne veulent surtout pas qu'on leur serve le discours sur les banques d'affaire, les organismes-écrans etc. Elles, elles ne sont comme ceux-là. Comme si tout n'avait pas été soigneusement compartimenté. Le fameux canard poursuit, quant à lui, ainsi : " (Les banques) devraient choyer leurs mauvais clients, voire leur élever une statue dans chaque agence ; comptes dans le rouge, rejets de prélèvements et frais bancaires démentiels liés au moindre incident leur assurent en effet une manne considérable. Quelque 4,9 milliards de bénéfices en 2016, selon une enquête réalisée auprès de 586 personnes par "60 Millions de consommateurs" et l'UNAF."

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Morale de l'histoire : Que vos comptes soient dans le rouge, ne vous inquiétez pas, chers amis, les banques seront, à l'opposé, dans le vert ! Soyez certains que vos dettes ne seront pas optimisées... De ce point de vue, la pauvreté est vraiment une malédiction. Et la richesse une bénédiction ! Les uns sont dans le rouge toujours plus, les autres dans le vert toujours plus ! Jusqu'au jour où les pauvres verront rouge... à cette époque-là les riches auront la tête dans le trou !

Salauds de pauvres !

S.M.

* Manifestation en Italie
** Compagnie Jolie Môme
*** la révolte des sardinières de Douarnenez, peinte par Charles Tillon en 1926.
**** Charlie Chaplin dans Les Temps modernes
***** Le Cri du peuple est une série de bande dessinée française en noir et blanc de Jacques Tardi, publiée par Casterman en quatre volumes sortis entre 2001 et 2004. Elle est adaptée du roman éponyme de Jean Vautrin.


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