journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
OCTOBRE 2017
débats d'idée - champs libre
Les jeux olympiques : Le plus beau chant des sirènes capitalistes
par Stéphane

Alors ainsi le Qatar et la fédération internationale de football (FIFA pour les intimes) seraient frère et soeur en corruption ? Qu’importe de savoir qui est le corrupteur et le corrompu. Leurs intérêts sont trop liés pour chercher une quelconque victime si ce n’est celui qui paie sa bière 4€ dans une FanZone surpeuplée et devant un écran où le temps publicitaire et supérieur à celui du jeu. L’éthique, au sens de la coutume, mafieuse est inhérente à l’esprit du capitalisme. Les Jeux Olympiques n’échappent bien évidemment pas à cette nature consubstantielle au capitalisme.

Dans « le Marchand de Venise », Shakespeare nous rappelle que « si les empires, les grades, les places ne s'obtenaient pas par la corruption, si les honneurs purs n'étaient achetés qu'au prix du mérite, que de gens qui sont nus seraient couverts, que de gens qui commandent seraient commandés ». Ce n’est pas comme cela que fonctionne notre monde corrompu du fait de l’emprise totale du capitalisme.

Le Qatar et la FIFA ne peuvent être que corrompus, leur richesse n’en est que le fruit. La soif de domination, la lutte des intérêts et des profits particuliers provoquent une administration immorale, que ce soit celle du football mondial ou celle d’un pays monarchique de droit divin, de surcroît dépendant de ressources pétrolières et gazières loin d’être éternelles. Et la pourriture qui s’exhale de leurs mœurs putréfiées rappelle combien la corruption est à la fois perversion et pouvoir obscur.


Dans « Misère de la philosophie », Marx argumentait combien avec le capitalisme nous rentrions dans « le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle […] le temps où toute chose, morale ou physique, étant devenue valeur vénale, est portée au marché pour être appréciée à sa plus juste valeur ».
Aux heures les plus abjectes du capitalisme financiarisé, c’est un truisme de rappeler que le sport professionnel, aliéné par ce système total, est gangrené. Ceux qui l’administrent, la FIFA comme le Comité International Olympique - qui vient de permettre à la France de célébrer sur son sol l’acmé du capitalisme du désir - sont totalement avariés.
Rarement d’ailleurs le célèbre «citius, altius, fortius » des JO n’aura aussi parfaitement symbolisé la démesure et la soif inextinguible de puissance du capitalisme, la corruption n’étant finalement que le moyen le plus adapté pour assouvir ce délire prométhéen.
Inutile ici de revenir sur les Jeux de Rio en 2016 où le stade olympique, véritable Village Potemkine, cachait toute la misère provoquée par le capitalisme financiarisé. La justice a rattrapé la corruption endémique brésilienne. En 2024, l’intensité de la mystification sera sans doute moindre, mais le fond du problème absolument identique.
Passionnant toutefois de relire le discours de Costas Simitis, le jour de 1996, où ces mêmes VRP du capitalisme lui annonçaient qu’Athènes était élue :
«Les JO sont pour nous une grande occasion de renforcer notre position internationale, de promouvoir les questions qui occupent le pays, et de créer des amitiés avec tous les pays du monde.» «C'est pour nous l'occasion de donner aux Jeux un nouveau souffle, d'essayer de sortir de la commercialisation, et de nous souvenir des idéaux nés en Grèce (...) et aussi de promouvoir le contenu culturel que doit avoir l'olympisme. Le choix d'Athènes montre que la Grèce peut gagner si elle se prépare avec sérieux et travaille dans la bonne direction, l'organisation des Jeux sera aussi une occasion pour le redressement économique et le développement du pays. Nous avons gagné car nous avons travaillé pour un objectif, et nous continuerons à le faire ». Les banques vous remercient encore.

Intéressant alors, même si comparaison n’est pas raison, de le mettre en miroir avec celui prononcé par une autre belle tête de vainqueur, Anne Hidalgo :

« On doit donc dorénavant apporter de l’espoir dans le 93 avec les JO. Ces Jeux doivent être utiles à la population. Au-delà de l’événement mondial et sportif, les Jeux doivent être un plus qui va permettre aux habitants de se saisir d’une opportunité qui permettra à leur territoire de rayonner au niveau de la métropole du Grand Paris. Pour cela, il faut que ces jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 soient en rapport avec les valeurs de l’olympisme. Je rappelle que Coubertin, le rénovateur des Jeux modernes, a dit que, les Jeux, c’était de l’humanisme, mais aussi une compétition connectée avec la culture. Un siècle plus tard, on veut faire pareil en amenant les valeurs du sport dans les écoles. Il faut aussi que ces JO aient un impact environnemental positif et on a justement fait monter le niveau d’exigence sur ce plan là, à la suite de la COP21, qui a eu lieu en 2015, entre Paris et la Seine-Saint-Denis ».

Nous, communistes, devons-nous acquiescer béatement devant cet alignement de poncifs qui ne sont que répétition mécanique des idées dominantes de la classe dominante ? Nous, communistes, devons-nous simplement les croire et même participer activement à cette mystification ?

Mystification ? Elle est parfaitement illustrée par le credo, répété inlassablement par la classe bourgeoise, de l’humanisme de Pierre de Coubertin. Un autre son de cloche de ce grand humaniste ?
« Les découvertes de la science nous ont révélé que tout ce qui vit obéit à cette même loi de guerre, d’où découle fatalement la loi d’inégalité. La guerre en effet crée des vainqueurs et des vaincus et la postérité du vainqueur bénéficie de l’héritage de la victoire, de même que l’héritage de la défaite pèse sur la postérité du vaincu [...] principe inéluctable contre lequel il serait enfantin de perdre son temps à disputer [...]. Nous touchons là une des assises inébranlables de l’humanité ». C’est certes moins sexy mais largement plus en phase avec les diatribes de ce colonialiste et le capitalisme le plus abject du CIO. Je ne ferai pas l’injure à cette grande féministe qu’est Anne Hidalgo de lui rappeler les diatribes de ce même baron contre des femmes qui auraient l’outrecuidance de pratiquer un sport. Sans aller jusqu’à lui remettre en mémoire ses mots de conclusion des JO de Berlin de 1936 et sa reconnaissance envers le Grand Chef de la Nation allemande. « Le sport c’est la guerre, les fusils en moins » ? Presque.

Mystification ? Osons simplement poser la question de la signification réelle de cette phrase « la compétition connectée avec la culture » ? Du vent, de la bouillie de boîte de com’.


Mystification ? « Le Grain de Sel » ne va pas revenir sur la farce de la COP21 ou Hulot en ministre de l’environnement, mais affirmer que les JO vont être exemplaires en terme environnemental relève là de l’escroquerie de la classe bourgeoise. Les communistes doivent-ils se taire ?

Pendant les 7 prochaines années, la planète sera en effet noyée sous un déluge de gadgets estampillés JO2024, tous plus inutiles les uns que les autres et fabriqués à très bas coûts dans nos ateliers délocalisés qui nous permettent de réduire nos émissions de GES.
L’extractivisme et l’industrie du plastique vont se porter comme un charme, mieux de toute façon que les enfants qui trimeront pour confectionner des merdes que la publicité nous vendra comme la participation active du populo à la grande fête bourgeoise puisque jamais il ne pourra se payer un billet pour admirer de près les Dieux du Stade.
Je passe aussi sur le credo des bétonneurs, pollueurs et autre multinationale de la malbouffe qui vont nous sortir de magnifiques animations en 3D, avec du vert partout forcément, et des slogans « 100 % de matériaux biosourcés » pour les constructions, « 100 % d’énergie verte » pour alimenter l’événement, « 100 % d’alimentation durable et certifiée » pour les repas des athlètes, 100 % des déplacements effectués en « transports propres ».
Air France – lobbyiste, oups non partenaire des JO – et les avions propres, Bouygues et l’immobilier écolo, Elior et la bouffe bio… A ce niveau-là, la propagande du capitalisme vert devient un art. Devons-nous, nous communistes et anticapitalistes, fermer les yeux au nom d’un improbable retour sur investissement des territoires fragiles ?


Continuons l’enfilage de perles de la petite télégraphiste de la bourgeoisie parisienne : Les JO vont amener le sport dans les écoles ? Ah bon, je croyais que c’était Jean Zay en 1936. Non, ce qui va entrer dans les écoles, ce seront les sponsors à travers des sportifs qui vendront de la parole sirupeuse sur les valeurs du sport en même temps qu’une marque. Pour le reste, je vous renvoie aux orientations néolibérales des politiques de l’Education Nationale depuis 30 ans.

L’escroquerie pousse même jusqu’à l’indécence en affirmant que les JO vont filer un coup de main aux populations ségréguées et discriminées du 9-3.
Qui peut croire un instant que les puissants du CIO ont vraiment à cœur le désir de mettre en œuvre leur Evangile : « Le but de l’Olympisme est de mettre le sport au service du développement harmonieux de l’humanité, en vue de promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine ». Je serai le premier à regarder un match de basket entre les USA et l’Espagne, mais cela n’empêche pas la décence et la dignité.

Arrêtons-nous quelques lignes sur ce fantasme de l’aménagement du territoire. Cela signifie tout d’abord en creux que l’un des pays les plus riches du monde ne peut plus investir dans ses territoires fragiles sans l’intervention du grand barnum de la société du spectacle ? Que nous avons besoin des sponsors du CIO pour construire une piscine et un métro ?
Si les adorateurs du Divin Marché se pâmeront devant l’effet levier provoqué par la pub de Coca-Cola sur tous les écrans pendant 15 jours, les contempteurs du capitalisme ne peuvent évidemment pas se satisfaire d’une telle aliénation. Nous sommes bien au-delà de l’aveu d’échec, c’est la victoire de la domination totale de ce système qui nous broie quotidiennement. Pire, se féliciter de concert avec les adorateurs du Veau d’Or de la venue du cirque corrompu n’aide pas à notre combat contre le capitalisme, surtout lorsqu’il se drape de ses plus beaux atours.

Qui peut décemment croire que la construction d’infrastructures sportives et la venue du gotha des stades vont changer la vie de façon pérenne des 20% des habitants du département qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté ?
Non, ces JO ne sont pas à eux (ni à nous d’ailleurs) mais à une petite caste qui va se gaver. D'ailleurs, il est nécessaire de se souvenir qu'en 2014 l'Assemblée Nationale votait en faveur d'une exonération fiscale de tous les événements sportifs internationaux qui seront attribués à notre pays avant la fin...2017. Bingo !
Et la petite lucarne ne sera, pour une large partie de cette population qui ne peut plus se soigner, que la seule façon de récolter quelques miettes fugaces du bonheur bourgeois.
Ces miettes, les medias ordolibéraux, sur injonction de leurs maîtres, nous les vendrons comme des moments de fraternité et de cohésion sociale à travers des images fraternelles sur papier glacé et quelques jeunes, évidemment heureux, ayant eu l’autorisation des puissants de rêver les yeux grands ouverts devant des stars de l’athlétisme ou de la natation. La loterie hebdomadaire d’Orwell dans 1984, remise en beauté avec les JO.
Et si naturellement, il ne faut pas minimiser ce plaisir, la question que l’on doit se poser : à quel prix ?


En effet, rien n’est gratuit et le lobbyiste officiel qui permettra cet instant de grâce aura obtenu une compensation, en marché public facilité ou en subvention directe ou indirecte. C’est le prix à payer. Aucune place n’est donnée naturellement aux classes populaires, car ce spectacle n’est pas pour eux. Et pour qu’elles soient sur la photo, il faut que ça rapporte, soit en valorisant une marque, soit en bétonnant terres agricoles et friches urbaines. Et ces petits arrangements, au nom d’une pseudo-attractivité qui doit profiter à tous, ont les mêmes ressorts que ceux entre le Qatar et la FIFA.

Penser que lorsque les projecteurs seront éteints, la Seine St Denis n’aura plus deux fois plus de chômeurs que la moyenne nationale relève d’une supercherie. Par contre ne doutons pas de la réactivité des forces de l’ordre si, par malheur, quelques mouvements de foules venant des banlieues venaient à perturber le bel ordonnancement.

La paix doit accompagner les jeux. Cette trêve olympique est toujours assez piquante puisqu’on tolère (voir on l’attise) le nationalisme le plus crasse et on réprime violemment, mais discrètement, toute revendication sociale….


Alors comment se féliciter aveuglément de ce show quand on est communiste ?
L’Euro 2016 n’est pourtant pas si loin. Rappelons-nous les propos d’un dirigeant communiste à l’époque de l’annonce que la France allait accueillir cette épreuve : « Cet évènement sportif doit permettre de relever plusieurs défis. Je pense notamment aux enjeux de paix et de fraternité entre les peuples, à l'enjeu écologique, aux enjeux économiques et sociaux qui traversent le sport dans cette période de crise économique mondiale. […] Au même titre que l'organisation de la coupe du Monde en Afrique du sud, celle de l'Euro-2016 en France doit entrer dans l'histoire du sport par l'audace et l'innovation dont elle sera porteuse pour l'avenir du sport et les futures générations de sportives et sportifs ».
Sommes-nous condamnés à supporter les mêmes inepties pour les JO 2024 ?

Le bilan de l’Euro 2016 n’est pas accablant, juste logique : la communication autour des retombées économiques n’a bien évidemment pas pris en compte les dépenses des collectivités locales ou de l’Etat, ni le différentiel entre les retombées touristiques qu’il y aurait eu à cette période sans l’événement sportif en lui-même. L’important est que ça mousse pour justifier d’accueillir un nouveau show sponsorisé. Les économistes pas trop aveuglés reconnaissent l’impact limité de tels événements pour le développement économique des pays. Sans parler d’Athènes ou de Rio, bien évidemment…
Avec toujours la même interrogation, pourquoi avoir besoin de faire rentrer des milliards d’euros dans les caisses de l’UEFA (bientôt le Comité d’Organisation des Jeux Olympiques) pour financer des infrastructures ou des équipements ?

La réalité derrière les immanquables opérations de communications sera hélas bien celle-ci : 99% des habitants du 9-3 regarderont les JO devant leur télévision et les exploits des sportifs marchandisés, entre deux publicités les incitant à consommer, même à crédit. Car là est le premier objectif des JO, le reste n’étant qu’habillage. Les JO, c’est l’acmé de notre société marchande, le moment où la marchandise occupe toute la vie sociale, où l’on ne voit plus qu’elle. Le moyen, la publicité, devient le but. Le but, la performance sportive, devient le moyen.


Non, les JO, comme les précédents, n’ont pas pour objet d’être une fête populaire. Les sponsors nous concèderont juste la permission de le faire croire pour se donner bonne conscience avec des publicités « Benetton » et en jetant au populo de la bimbeloterie « logotisée » sur leur passage. Les collectivités locales autoriseront les centres commerciaux et les bars à ouvrir plus tard, mais aussi le dimanche, tandis que Carrefour nous proposera des écrans plats « comme si on y était » au prix du billet de la finale du 100 mètres.

Voilà. Soyons contents qu’un nouveau spectacle fasse frissonner les amateurs de sports. Ne donnons pas à ce symbole de la corruption et de l’argent les vertus qu’il n’a plus. Les seules valeurs que les organisateurs de JO reconnaissent ce sont celles du gigantisme, de la puissance et de la gloire. Par tous les moyens. La corruption en sera toujours un. Même pour Paris 2024.
Ce n’est donc pas être rabat-joie que de ne pas se joindre au bonheur extatique des apôtres du Veau d’Or, mais juste être anticapitaliste et communiste.
Ce n’est pas non plus être rabat-joie qu’on interroge lors de la préparation du Congrès notre capacité à ne plus suivre la fausse modernité, les paroles creuses et les vieilles soupes du XXème siècle. Et même s’ils sont accomodés d’or et d’argent, les JO, comme la FIFA, en ont tous les ingrédients.

Alors comme Ulysse avec les Sirènes, un peu de cire dans les oreilles ne nous fera pas de mal.

Au fait, mais bien évidemment cela n’a rien à voir (cette conclusion concerne le sport, le reste du texte causant lui de business), en ne finançant plus les emplois aidés en 2018, le gouvernement des riches portera un terrible coup de massue aux associations sportives et au sport populaire. Sans parler du budget global du sport qui baissera de 7%, celui du Ministère de l’Intérieur prenant lui le chemin inverse (faut bien préparer les JO). Fermez le ban.

Stéphane Bienvenue


1 commentaire

De Michèle - Envoyé le 21/10/2017 10:35:55
Tout à fait d'accord,je partage..


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