journal des communistes de la Croix-Rousse depuis 1983
SEPTEMBRE 2017
débats d'idée - champs libre
Pas de ménagement de nos territoires sans sortie de la métropolisation
par Stéphane

De la conférence nationale des territoires aux réductions de budgets pour les quartiers populaires et leurs habitants, Macron a abusé sur le choc des photos pour cacher le choc des maux. Et si notre petit télégraphiste du capitalisme est champion pour aligner les poncifs comme les perles, ce bonimenteur nous vend une camelote de l’ancien monde thatchérien dont le goût est dissimulé par une sauce 2.0 tout aussi indigeste.
En cette rentrée qui sera celle de la colère sociale, le « Grain de Sel » revient sur les décisions estivales de notre startuper qui confirment bien la prise de pouvoir des gestionnaires d’actifs pour le développement de nos villes et pour le démantèlement de la solidarité territoriale. Elles guideront d’ailleurs toute l’action de notre chef d’entreprise pour ce mandat reçu de 15% du corps électoral et de sa classe au pouvoir.


Les trains de proximité, les petits commerces ou encore les services publics sont devenus des externalités négatives pour l’ordolibéralisme et les Lois NOTr et MAPTAM ont été créées pour les limiter au maximum provoquant des injustices territoriales absolument insupportables pour ceux qui ne sont pas de la classe bourgeoise habitant au cœur des métropoles et profitant de la mondialisation. La disparition des départements et le regroupement des communes est pour Macron le sens de l’histoire, aucune autre alternative ne pouvant être interrogée. Les territoires ruraux et périphériques, oscillant entre total abandon et stock de main d’œuvre corvéable et jetable pour l’économie financiarisée.

Et ce bonimenteur pourra bien verser sa larme pour nous convaincre de son intérêt pour les services publics dans les territoires ruraux, son idéologie et ses orientations politiques accentueront au contraire les injustices sociales et territoriales.
La première des raisons est sa conviction que le fait métropolitain est La réponse pour assumer ses désirs de grandeurs artificiels. Rien dans ses discours estivaux ne remet en cause cette orientation mortifère de notre aménagement du territoire et seuls ses moutons à l’assemblée pourront être convaincus que l’on peut renforcer dans le même temps les métropoles soumises à cette économie qui tue et valoriser toutes les potentialités des territoires périphériques et ruraux.


En effet, le fait métropolitain est l’application absolue du modèle ultralibéral. Pire, pour son développement prométhéen, la métropole empêche toute possibilité de développement des territoires plus fragiles : la Métropole, plus elle s’enrichit, plus elle appauvrit d’autres territoires. Plus sa frénésie du profit et de l’attractivité augmente, plus la pollution atmosphérique, les injustices sociales et la spéculation immobilière deviennent des invariants violents du développement urbain.

Macron pourra bien dans la même phrase nous causer compétitivité et lutte contre la pollution dans les métropoles, nous savons pertinemment que l’un est totalement antinomique avec l’autre. Les investisseurs prennent le pas sur la populace que l’on essaie de reléguer. Les métropoles, pour répondre à leur soif inassouvie de profit, investissent dans des infrastructures énergivores pour les attirer au détriment de la santé de proximité ou de la petite enfance. « En marche ou crève ! », voilà le slogan des métropoles ! Heureusement que, parfois, les citoyens réagissent !


Et ce « marche ou crève » est également valable pour son environnement, la Métropole par sa réalité même étant une dévastation écologique. En plus d’être énergivore, son délire d’expansion illimitée se fait au détriment des terres agricoles tandis que toutes les infrastructures devant permettre les connexions les plus efficaces au monde globalisé sont des catastrophes écologiques terribles localement mais aussi dans des pays éloignés d’où sont extraits tous les matériaux pour faire tourner ces villes parasitaires. Le projet Europa City, financé par le capitaliste, gavé d’argent public, Gérard Mulliez en est sans doute la plus prométhéenne des illustrations.
Oui la Métropole est un parasite car elle vit en pompant le sang des autres. Le jour où les réseaux énergivores qui la nourrissent se tarissent, elle meurt. Une preuve de plus qu’aucune transition écologique basée sur la sobriété énergétique et la justice sociale ne pourra se faire dans un système de métropolisation.

A ce constat de la destruction volontaire des territoires qui ne sont pas rentables pour le capitalisme triomphant s’ajoute la « siliconisation » des métropoles chère à Macron où les applications et les smart grids envahissent l’espace pour nous « simplifier » la vie.
Ces prothèses pucées, au-delà de leur coût écologique hallucinant, aliènent les citoyens et empêchent toute appropriation de leur cadre de vie. La ville est aux mains des banquiers et du big data pour leur seul profit. Le pire est de voir nos hommes politiques devenir les petits télégraphistes de ce technocapitalisme, par conviction pour certains (Macron) et par intérêt pour d’autres.
Non, la « smart city », c’est vraiment pas intelligent ! Notre nouveau baron Kimelfeld, dans sa grande transparence, pourrait-il nous donner l’empreinte écologique du quartier de la Part-Dieu ?


Alors, les discours creux de Macron sonnent comme des évidences. Pour lui, son intérêt pour les besoins sociaux et la préservation de l’environnement ne sont que des paravents marketing pour rendre vendable la course effrénée des métropoles vers le Saint Graal de la ville mondialisée, standardisée et donc déshumanisée.
Et si son discours est creux, c’est que Macron refuse de s’inscrire dans le récit de notre nation. Il n’en a ni les codes ni la grandeur.
Le terme de start up colle ainsi parfaitement à l’image de Macron. Faut que ça innove, faut que ça rapporte vite. Même si la chute est généralement la fin, rapide, d’une large majorité de ces start up. Ni le passé, ni le futur lointain n’ont d’importance, de sens. Alors pour les villes, Macron réagit de la même façon. Leur ancrage anthropologique, biologique, historique sont des lourdeurs insupportables pour un startuper, tout comme leur destinée. A Lyon, le quartier de la Part-Dieu est exemplaire de cette « fin de l’histoire » et je suis convaincu que ses habitants dans 30 ans voueront aux gémonies ceux qui ont imaginé que ce bout de ville pourrait représenter un quelconque progrès.

Comme pour le capitalisme, il y a évidemment des alternatives à ces métropoles mondialisées et à cette écologie technobourgeoise qui nous mènent droit dans le mur. Lutter contre le déclin inexorable de nos campagnes et la bétonisation des milieux naturels sont des impératifs vitaux pour tout le monde, même pour les gagnants de la métropole mondialisée qui ne se rendent pas compte de leur mort à petit feu dans leur cage dorée connectée.

Marx rappelle dans le Livre 1 que le capitalisme a rompu de façon irréparable « l’interaction métabolique entre les êtres humains et la terre » et que ce problème exige « la restauration systématique » de cette relation nécessaire que l’agriculture à grande échelle et le commerce de longue distance ne fait qu’aggraver et étendre.
Nos territoires, si grossièrement vendus par notre VRP des multinationales, sont les lieux de ce métabolisme cher à Marx et aux tenants de l’écologie sociale comme Bookchin.


Les citoyens, collectivement, doivent pouvoir se les réapproprier avec l’ambition d’un développement soutenable et harmonieux basé sur de nouvelles pratiques qui n’auraient pas comme finalité le profit rapide et donc la compétition, mais une solidarité et une coopération entre territoires.

C’est donc bien une réaction à la métropolisation qu’il faut soutenir en tendant vers ce que Magnaghi et les territorialistes, et avant Mumford, appellent les biorégions urbaines, comme territoires bien commun, avec l’épanouissement individuel et collectif de tous leurs membres comme seul et unique objectif. Cela passe d’abord et avant tout par un combat politique contre ce système qui nous mène vers notre perte depuis 40 ans. Macron en étant l’avatar (ou la marionnette) le plus abouti.


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